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Pierre
- Onche
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| Ouverture
Une image puis une autre, un mot, une phrase, un texte : mur de pierres sèches (ouvrage que l'on élève verticalement et par strates successives sur une certaine longueur, fait de moellons irréguliers). Écrire un texte, monter un mur dont on sait jamais par avance si la pierre que l'on vient de tirer du tas, à nos pieds, trouvera tout de suite sa place au sein de l'ouvrage, du tronçon de mur déjà construit. Il faut alors soupeser chaque pierre du regard, envisager, puis chercher sa position, son calage... La tourner en tous sens - souvent sans succès ! - et, le cas échéant prendre une autre pierre sur le tas, essayer à nouveau jusqu'à l'adéquation complète de l'assise. Murs de pierres sèches rencontrés si souvent dans le sud de la France, agrippés à flanc de coteau, aux coins de ma chambre. Au premier tournant de la côte qui mène au col de St Félix, en venant d'Anduze, il y a un chemin qui part en coude, une pancarte en indique la direction : Pierre-Onche. Je ne sais s'il s'agit d'une carrière, d'un site géologique, d'un lieu-dit.... Je n'ai jamais pris cette direction, préférant ne garder du mot qu'une résonance lointaine. J'ai rêvé, imaginé ce site, champ de caillasse ébloui, plateau venteux, campagne parsemée d'arbustes ras... M'y rendre aujourd'hui aurait sans doute pour conséquence d'en altérer l'image que je m'en suis fait de loin. Je tiens aussi dire qu'une grande partie de ces lectures se sont faites avec des textes barrés - textes empruntés à divers auteurs et rayés non par volonté iconoclaste, mais dans le but de provoquer des déclics de sens, des télescopages d'idées - qui m'ont aidé à écrire ces textes. J'ai retenu ce nom pour ce qu'il m'évoquait, sans m'interroger sur le sens qu'il pouvait recouvrir. "Onche", je ne l'ai vérifié que bien plus tard, ne figure dans aucun dictionnaire de langue Française, l'énigme pour moi reste donc entière. Pierre-Onche est donc de tous les points de vue un lieu imaginaire, un imaginaire. La présente démarche que j'ai effectuée à propos du travail de Gasiorowski, serait comparable à ces terrasses étagées (construites de moellons irréguliers), ces restanques, comme on dit dans le sud, qui cloisonnent et découpent mon territoire de Pierre-Onche. C'est une suite fictive en somme, constituée de fragments, de notes mis en regard d'images, ou d'images associées à des textes, et parfois en léger décalage par rapport aux oeuvres. Il ne s'agit donc pas, on l'aura compris, de réaliser ici une étude méticuleuse de l'œuvre, mais de tenter, par une lecture croisée d'images et de mots une approche toute subjective de l'univers de Gasiorowski. |
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| Notes
retranchées d'un carnet
Aix.09.86 Tout à l'heure, debout contre la fenêtre, j'apprenais de la voix d'un ami la disparition de Gérard. Tout d'abord, je n'y ai pas cru, puis ce fut comme une vitre qui explose dans le silence... Après j'ai entendu le rire chaud du peintre. Paris, début juillet Coup de téléphone. Rendez-vous pris pou le 13 juillet… Contre temps ou oubli...? Rendez-vous raté...! Il pleuvait ce jour là devant le Giotto du centre Georges Pompidou. Un second coup de téléphone tint lieu de première et dernière rencontre. La chambre où je me trouvais durant cette longue conversation téléphonique était une soupente peinte en bleu. Je me souviens que avons surtout parlé de Mou'ki, une peinture de la série des Cérémonies, ou plus exactement, c'est lui qui en a parlé... "... J'étais en ville, j'aurais voulu être à la campagne. J'ai pris dans l'atelier une toile blanche - j'aime bien peindre sur des toiles déjà toutes prêtes - et j'ai commencé par faire un arbre, puis un ciel d'été... Comme il faisait chaud, je me suis couché et je me suis endormi. Quand je me suis réveillé, il faisait toujours aussi chaud, j'ai alors décidé d'aller chercher un peu de fraîcheur à l'intérieur de la maison - ce genre de maison basse aux murs de pierre épais qui garde la lumière bleue (sic) - En entrant j'ai vu les fruits posés sur la table, on en trouve souvent dans ces maisons là. J'ai alors pensé à Cézanne, aux pommes de Cézanne... Mais j'entretiens un rapport particulier avec le rouge de Cézanne, et je ne les ai donc pas peintes en rouge. Tout en peignant, je songeais à la couleur que j'utiliserai peut-être... Je me suis alors souvenu des kakis de Mou'ki... La chaîne des références. J'en ai disposé un au centre... Le couteau, je l'ai posé ensuite pour dire qu'il s'agissait bien d'une nature morte... Des couteaux, posés comme ça, on en rencontre souvent dans la peinture occidentale, chez Manet, chez Cézanne, chez Chardin aussi..." La conversation a duré encore longtemps. Il parlait de sa peinture simplement et d'une voix amusée, comme on raconte une histoire. Nogent . 01.88 ...J'étais parti de rien et voilà que la masse des informations glanées ouvre le champ à des recherches encore plus importantes, et me pousse sans cesse à remodeler le plan et les articulations de chacune des parties; ça n'en finit pas de se défaire et de se refaire, et je n'ai toujours pas écrit quelque chose de valable sur ce travail! C'est comme si chaque découverte m'obligeait à soulever la couverture d'un nouveau livre, qui contient en réserve des milliers de pistes possibles et qu'il faut aller chercher ailleurs, sous d'autres couvertures... etc. Ma démarche a consisté durant tout ce temps (perdu?) à ouvrir une sorte de poupée russe dont chaque enveloppe contient une nouvelle figure qui cache la suivante... Sauf qu'ici, il me semble que cette opération de déboîtement pourrait se faire à l'infini... Si au moins il était encore là, on aurait pu en parler. Montigny 12.90 Ce soir, je compte les éclats épars... Une fois de plus
je range, dans une boite à chaussure qui me sert de dossier, les pages
du carnet et les images étalées sur le plancher ... Puzzle à reconstituer,
dès lors! |
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| Notes
pour "Première figure pour un nouvel âge d'or"
Anduze 08.91 .... Je sors de ma rêverie pour revenir à la nature de
l'image, car il s'agit en fait d'une peinture, et non d'une photographie
- mais d'une peinture reproduisant le sujet d'une photographie- Me voilà
quelque peu rassuré, sachant maintenant, avec plus de certitude, que ce
n'est pas ma mémoire qui défaille, et que toutes tentatives de reconnaissance,
de retrouvaille, étaient vaines, puisque je ne les ai jamais rencontré
auparavant... Rassuré, mais intrigué tout de même, car j'aurai bien aimé
en savoir plus. Qui sont-ils et que font-ils? Ou plutôt, pourquoi avoir
reproduit cette image d'une époque révolue, et surtout lui avoir donné
ce titre vraiment étrange... Première figure pour un nouvel âge d’or? L'image est mate, sa surface couverte d'infimes particules
noires - j'ose à peine parler de coups de pinceau - qui s'agglutinent
ou se désagrègent sur le blanc de réserve, comme les traces des morsures
d'acide sur une plaque de cuivre mal "colophanée"... Et ce titre, qui d'un ton faussement prophétique annonce
« un nouvel âge d'or », devons-nous le comprendre comme une
parole d'espérance, une sentence ou un avertissement proféré sur un ton
railleur? Cette version actualisée de l'âge d'or, représentée ici par
des gens ordinaires dans une situation banale, installés dans le jardin
d’un petit pavillon qui n'est pourtant pas l'Eden, laisse supposer que
tout ceci, est bien dérisoire, sinon emprunt de médiocrité. D’ailleurs
"figure" au singulier ne désigne pas les deux personnages l’image,
une image moqueuse et ironique, qui se souvient, à travers la parodie
d'un Adam et Ève devenus ordinaires, que jadis, dans l'histoire de la
peinture occidentale, c'est d'une autre Création dont il était question,
et que, ce que l'on appelle aujourd'hui image portait le noble nom de
peinture... |
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Naissance.
La figure est imposante. Tête volumineuse, Bloc de pierre massif, reposant sur des épaules étroites, visage tendu, contracté en avant par une grimace : expression de la douleur et du soulagement... Front ridé, couverts de cheveux gras - ou plutôt de sillons serrés - peignés en arrière.
Les yeux : des trous, cavités sans pupilles ni paupières - un regard éteint et terne.. .inexistant - Le nez pincé, les narines comprimées, la respiration courte, cherchant le souffle... Raie noire de la bouche pavée de nacre - fente ou plaie - d'où ne s'échappe nul cri, mais quelques filets de bave, ou de la peinture blanche.
Le ventre, replié sous la cage thoracique, comprimé par l'intensité de
l'effort que nécessite une poussée violente. L'arche du diaphragme est
tendu entre les piliers des genoux qui sont à l'aplomb de l'avancée de
la tête.
Entre ces cuisses musclées, là où précisément le sexe et l'anus sont soustraits au regard, surgit l'ébauche plate d'une seconde tête, tintée d'ocre-jaune. C'est dans la lueur froide d'un fond brossé à larges touches, que cette divinité(1) accouche en silence d'un masque d'or ou de merde ... |
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| "Les
pierres sont remplies d'entrailles« (Arp) |
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| "Dans
les larmes (D'Éros) une véritable encyclopédie de la faille se constitue.
L'être humain s'y défini au plus près de son rire qui de vient fendre son
visage et déboutonner son ventre." (Lascault à propos de G.Bataille) |
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| "Pour
renaître et fonder une généalogie forte d'un nouveau désir de circuler dans
le monde serein, qu'elle attend pour les siens, Kiga trouvera en elle même
sa matière. Il lui faut être et il lui faut se reproduire. Sa pauvreté,
sa liberté aussi mais surtout son plaisir la conduise à recueillir sa merde
dans le berceau de ses mains." (M.Enrici) |
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| (1) Statue Mexicaine symbolisant la fécondité et la fertilité. | ||||||
| Chardin
( trois poires, des noix, un verre, un couteau.) Un repas auquel le peintre
nous inviterait à prendre part, le couteau posé à notre droite près des
fruits... Mais l'horizon de la table est ici trop haut et nous ne pouvons
que demeurer à distance. L'œil, dès lors supplante le geste, car les fruits
de la peinture ne se mangent pas, ils se laissent voir, vus, ils ne se laissent
pas prendre. Si cette peinture n'a pas d'odeur, elle a cependant le pouvoir
d'évoquer le goût. La préhension des fruits étant impossible, le désir de
la dégustation restant insatisfait, il ne nous reste plus qu'à contempler
ce repas frugal, nous délecter de la peinture... |
...Sous l'ombre de la manche bleue du bras de cette femme qui se penche, il y a une composition isolée par un éclairage étrange, et qui semble mise entre parenthèses par un reflet blanc qu'accroche le tissus de la blouse, et celui discret de la courbe d'un plat en étain. C'est une nature morte... (notes sur Chardin - la pourvoyeuse - 07. 86) | |||||
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Cézanne ( l'amour en plâtre ) ...Il est figé dans sa marche, le corps nu légèrement déhanché sur le côté gauche. A ses pieds sont posés des fruits - offerts, comme s'il s'agissait d'une idole - Les uns sont rangés dans une coupelle, les autres éparpillés sur la nappe jaune. Derrière lui une lourde tenture vient ajouter à cette mise en scène, posée sur ce socle- table. Le reste de l'espace, où séjourne ce petit Dieu, est à peine évoqué - les coins d'un mur et d'une commode, trois barreaux d'une chaise.. (ce n'est un coin de chambre). Il n'a plus de bras, son regard est vide, ou neutre : statuette de plâtre, simple élément d'une nature morte.. Giotto (St François prêchant aux oiseaux) |
Mou-Ki
Sur un format carré de grandes dimensions, la table est
dressée, prête... Nous en sommes les convives, spectateurs privilégiés
que le peintre a bien voulu honorer. Il s'agirait donc d'une nature morte... bleu noir bleu, et si l'on s'en tient aux conventions de l'organisation de l'espace de ce genre pictural, la forme la plus courante est bien celle-ci :
Entre mur et table, comment s'y sont pris les autres peintres
pour faire prendre corps à l'espace, pour donner le poids nécessaire aux
objets, pour que la main soit tentée un instant de précéder la simple
contemplation... Voilà donc les questions de la peinture, celle qui gouvernent,
en réserve, ce grand carré de ciel pâle barré de noir.
En ce lieu, le bleu est lumière. En cascade, il déborde de la table.
Au centre un cordon noir et blanc, mèche vacillante d'une
improbable bougie déverse une fumée grise vers la droite, créant un morcellement
du fond, une altération de la couche de bleu (comme un enduit qui s'écaille...) En bas, à droite, luit l'éclat mat d'une lame prolongée d'un manche noir... C'est un couteau qui souligne l'horizon-table... Trouble... Hésitation soudaine... Cet ultime objet nie la pesanteur et semble suspendue en dehors du plan de la table. Mieux! "Couteau" je ne l'ai nommé ainsi que par association à l'univers de la nature morte, à la présence des fruits... Mais qu'est-ce d'autre en réalité qu'une mince barre noire recouverte d'un reflet gris... Bord d'un tiroir peut-être, faisant ainsi du bleu l'épaisseur enfin trouvée de la table.
Mais la table déjà devient équivoque à mes yeux, car si sur la gauche,
le noir est suffisamment opaque pour pouvoir supporter le poids des fruits,
sur la droite il vibre de lumière dans un flocage nerveux de rouge et
de vert (plutôt que de noir d'ailleurs), donnant l'impression d'une vieille
dentelle, d'un lacis bruissant, creusant de façon inattendue la frontalité
du bleu...
Rien ne peut se poser où le regard plonge! Ce noir tissé, ajouré ne peut être un support fiable, tout au plus, évoque -t-il le ramage d'une frondaison. Et la bougie n'est plus! Sa mèche, décidément trop longue, la rendait mystérieuse,
et au jeu des métamorphose elle devenait pour moi, tantôt patte de gibier
(ou de volaille) suspendue à un crochet du mur, tantôt silhouette inachevée
d'une bouteille, fragment ébauché de la cuisse d'une figurine en plâtre....
Elle aussi, tout comme le couteau, redevient ce qu'elle a toujours été,
ligne noire et charnière verticale rehaussée de pâte blanche.
En fait, plus le regard sonde cet espace, cherchant dans le tumulte des
touches, coulures et biffures, à retrouver les éléments d'une nature morte,
moins la tentation de nommer devient possible, car l'aménagement formel
(et sonore) de cette peinture agit moins pour une reconnaissance des objets
en eux-mêmes, ni davantage pour produire du sens à partir des relations
possibles que l'on serait tenter d'y voir.
Cette peinture, qui ne décrit rien, ne peut prendre sa totale résonance que dans l'ambiance qu'elle sécrète:
Fraîcheur d'une pièce
le temps suspendu aux lèvres
"Ch"( comme chut!),
(Aix –Anduze 05 / 1986) |
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| Chardin
- Manet - Cézanne. ...couteaux de table (à bouts ronds) qui indiquent à
la fois le plan et la profondeur tout comme les lances de Ucello au sol
de ses batailles. Instruments de mesure qui permet d'évaluer la distance
entre les différents objets d'une composition : un étalon de la largeur
d'une main, pour ce qui est du manche... Souvent posé en bord de table,
cet outil en désigne la limite et marque la rupture du plan horizontal où
se dresse la nature morte. Le manche du couteau, souvent dirigé vers nous
(il ne s'agit donc pas d'une menace, mais d'un geste préventif), doit être
perçu comme le signe d'une invitation à s'en saisir. C'est en utilisant
cet attribut familier de la nature morte, qui augure pourtant d'un geste
improbable, que le peintre nous convie ainsi vers l'espace pictural, et
nous rend d'avance complice de la peinture...
Chardin ( l'enfant au toton). Sous le plateau de la table où tourne une toupie, un tiroir est resté entrouvert, non pour satisfaire notre curiosité (ou notre voyeurisme ?.. Voyez plutôt le porte mine du garçon coincé dans la fente! - et d'ailleurs n'y a-t-il rien à voir au delà de ce que la peinture nous montre? - ) , mais pour faire jouer l'arête de lumière sur la tranche horizontale du rebord, signalant l'épaisseur du plateau, soulignant aussi l'équilibre précaire de la toupie qui virevolte à la lisière de l'ombre. Toute l'attention de l'enfant est concentrée, au-delà de la trajectoire, sur la chute probable de la toupie lancée dans sa folle ronde et qui vient danser au bord du gouffre Mou'ki (les six plaquemines) Six fruits bas de page une ligne, un point. Cézanne (l'amour en plâtre) Des fruits à droite sur la nappe, pèches ou pommes, sphères dépeintes, façonnées une à une, regroupées mais distinctes. A gauche disposés dans une coupelle, circonvolutions de traits, enlacement des touches, la couleur tisse le volume
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| Vuillard
(nature morte à la sacoche) Sous la sacoche de cuir suspendue, la table
de nuit bien rangée: un napperon ouvragé porte les livres qui seront compulsés
à la lueur chancelante de la bougie la nuit venue... Cependant la lumière
du jour éclaire (baigne) encore cette partie de la chambre, petit univers
fleuri par les motifs de la tapisserie bleue, ceux du bouquet de roses,
et celui de la dentelle blanche.
Mou'ki (les six plaquemines) Fruits écrits au lavis légers sur la feuille comme un vol de papillon
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Le couteau replié, |
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| "
il n'y a qu'une chambre sans coin dont on ne sort pas une fenêtre et toute la lumière vient de là" (A du Bouchet) |
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| Giotto | ||||||
| "Pour
Giotto, la toile de Beaubourg, il s'agit d'un autoportrait. L'homme de dos,
c'est le peintre, c'est moi, regardant le coin du mur dans une sorte d'isolement
et de recueillement." (propos de Gasiorowski, joint par téléphone 07.86) |
Il nous tourne le dos, |
En sa demeure, le peintre. L'étoffe qui se découpe alors sous la lumière Le bras tendu vers la gauche, une main rose
Dans l'angle droit de sa cellule, aux murs |
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| Un bras
tendu à deux étages de la terre, dans le souffle. prenant appui au bord. *(A.du Bouchet) |
Que la lumière l'éclaire |
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| "...après avoir traversé en plein soleil le jardin de l'Aréna, j'entrai dans la chapelle des Giotto où la voûte entière et les fonds des fresques sont si bleus qu'il semble que la radieuse journée ait passé le seuil, elle aussi, avec le visiteur et soit venu un instant mettre à l'ombre et au frais son ciel pur, à peine un peu plus foncé d'être débarrassé des dorures de la lumière, comme en ces courts répits dont s'interrompent les plus beaux jours..." (Proust. Albertine Disparue) | ||||||
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CÉZANNE BLEU, |
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| Une toile verticale, presque un mur. | Notes
pour "Cézanne bleu".
Anduze. Nogent 08.88 / 02.90
En bas un triangle bleu-lisse annonce un azur calme, ciel à peine parcouru par les taches des nuages. Pourtant à droite l'horizon est obstrué par une sorte de butoir anthracite prolongé en son sommet par un entablement vertical discret qui s'estompe dans une brume déjà grise... Au-delà, sur toute la hauteur, des trombes de blanc s'ébrouent, ruissellent depuis le ciel sur l'aplats vert de réstanques, charriant sur leur passage les alluvions des zones qu'elles traversent... De cette turbulence émerge la dorsale souple d'une montagne, sur la paroi de laquelle est inscrit un chiffre jaune... Posée presque au centre de ces nimbes étranges, une poche noire agglutinée de gris et coiffée d'une palette de tons ocres, jaunes, verts, forme un caillot sombre qui pèse à l'aplomb du ciel, tel un bloc de pierre moussu qui défie les lois de la pesanteur et menace de crever le tissu aérien, ou bien, nuage opaque, augure de l'orage qui couve... C'est donc un paysage. L'omniprésence des bleus, la sensation de désordre et de déséquilibre des poids, accentuée par la touche nerveuse chavire cependant notre vision du paysage, et qu'il ne s'agissait en fait que d'une série de fragments d'espace, récoltés tout au long d'un parcours et agencés ici dans l'ordre chronologique du cheminement du regard et comme pour dire : " J'ai d'abord vu ce ciel d'été limpide... Il ne pleuvait pas encore quand je suis parti... La pluie est venue plus tard... Sur la route, il y avait ce grand rocher noir qu'il m'a fallu contourner pour aller plus haut, et contempler cela... Cet autre rocher qui a tant fasciné Cézanne... Il faisait réellement beau ce jour là, de sorte qu'une brume de chaleur l'avait en partie recouverte, et je n'ai pas pu me rendre compte de sa taille, ni de sa couleur... J'étais d'ailleurs encore trop loin, la borne du sentier où je me trouvais indiquait huit kilomètres... Enfin, je crois qu'il s'agissait bien de kilomètres..." Et c'est en effet ce qu'il m'en a dit ce jour de juillet 86... avant d'ajouter : » simple supposition, n'est-ce pas?... Mais ce jour là, il n'a pas plu.. » et cela nous a fait rire. Il n'a pas plu, non! Et il reste la pression de la tache noire sur l'aplat du ciel, masse troublante qui ne peut être un rocher... Et c'est presque par hasard que je découvre que ce tableau s'articule en fait en deux espaces consécutifs, autour de ce point nodal. Dans la partie supérieure, le paysage demeure. En bas, il réapparaît dans la clarté intérieure d'une pièce. Une nature morte est posée sur la nappe bleue. Le rocher noir n'est qu'un vase surmonté d'un panache de fleurs. Sur la gauche, quelques fruits esquissés en gris, sous le vase noir une bougie, un autre fruit... Sur la droite l'entablement se confirme, et la montée régulière d'une gamme chromatique de pavés en pavés telle que je l'entrevois maintenant, glisse de l'obscurité de la pièce vers le plein jour, marquant la limite d'une embrasure... Dans cet espace parcouru d'un seul regard, ne regroupe -t-il pas les deux sujets privilégiés de Cézanne, peints sur une même surface, dedans et dehors réunis par la tonalité de ce bleu propre à la palette de ce peintre. La permanence du Bleu-Cézanne, c'est ce dont se souvient ici Gasiorowski, aussi bien présente dans la lumière blanche de l'atelier, redistribué dans les natures mortes, que sur ses paysages peints sur le motif.... Bleu qui semble avoir été chez ce peintre l'un des moyens le plus efficace de faire basculer la profondeur vers le plan, cette couleur n'étant plus chez lui réservée au seul traitement du ciel, mais disséminée par ponctuations régulières en divers point du tableau, permettant tantôt au regard de s'enfoncer dans l'abîme, "de descendre aux racines sombres et enchevêtrées des choses" (Cézanne cité par Gasquet) tantôt de glisser sur la verticalité aérienne de l'espace pictural. Et ajouter cette formule de Philippe Jacottet : "...le bleu n'est plus une matière, c'est une distance et un songe." Le regard a parcouru la surface de la peinture à la vitesse de la couleur, sans rencontrer la tourmente. Ainsi s'explique peut-être la présence du 8 qui, s'il n'était pas inscrit verticalement, pourrait signifier l'infini, en acceptant ici le paradoxe suivant : peint en jaune là-bas avec la même intensité chromatique que le bouquet ici, l'espace franchi devient infime, si non, infini.
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| "Un accent toujours, comme il ressort, bleu, lorsque le temps non compté se détache - à l'extrémité du passage des terres retournées - communique la pesée que là-bas un regard a pu exercer. ici sur toi, tout d'un coup, et à ton tour en tant que terre t'envisageant, de retour ici le regard qui au plus loin, aura pesé.« (A.du Bouchet) | ||||||
La
montagne porte sur le vent devancée, dit-on par l'orage. Il faut franchir au milieu de l'air Glaçon aux limites indistinctes (à peine tracées), sur
ce ciel vertical,
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C'était
août, il n'y avait pas un souffle de vent. L'herbe bruissait des crissements
d'insectes. L'ombre immobile du figuier fraîchissait l'air au ras du sol...
Juste cette maison entre le feuillage, détachés sur la tenture d'un ciel
vert de gris. Ciel déteint, contaminé par la lumière filtrée de la pinède...
Ou plutôt, comme la pluie d'un grand masque de raphia qui recouvre le paysage...
Sur son promontoire vert, une petite construction rose dérive en plein ciel.
L'orage a tourné toute la nuit autour de la chambre. Au réveil, j'ai ouvert
les yeux dans l'obscurité (vert foncé) d'une pièce aux recoins mal définis.
Un rayon oblique partageait les volets comme si un éclair avait fendu net.
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| (1)"
Si, dans les premiers tableau il naît dans l'accouchement grimaçant d'une
figure cannibale, il s'efface dans un dernier paysage où s'éteint le battement
des ailes d'un oiseau. Entre la première et la dernière de ces toiles, l'œil
s'ouvre et l'œil se ferme en même temps que s'ouvre et se ferme une véritable
rétrospective narrative de la peinture; entre-temps, sur chacune de ces
toiles intermédiaires, l'esquisse de l'outil, le recouvrement des premières
traces culturelles et des premières représentations, le dévoiement moderne
sous l'abri primitif." (M. Enrici 84)
(2) L'arc de triomphe fait partie des images stéréotypées,
reproduites en séries - cartes postales, breloques des magasins de souvenir
... - Sujet ringard par excellence, il est devenu plus qu'un monument
de commémoration des armées victorieuses où (3) Ce signe qui appartient au langage des formes préhistoriques fait partie d'un ensemble remarquable répertorié sur les parois de la grotte de Novales (en Espagne). Ayant l'aspect d'un phallus, il a été interprété par les historiens comme la forme symbolique de la masculinité. (4) Érostrate est un Éphésien obscur qui pour immortaliser son nom incendia l'Artémision Pour le punir de son méfait, les Éphésiens décidèrent de ne jamais prononcer son nom, qui pourtant nous est parvenu.
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Notes
pour Érostrate
Montigny 08.92 :
En 1984, la Galerie Laune, à Montpellier, exposait un ensemble de cinq
toiles(1) de GasiorowskiI : "Naissance", "Paysage (bistre)",
''L'outil", "Érostrate" et un oiseau survolant un paysage.
Peu de temps après, la galerie Maeght présentait à Paris, d'autres peintures
appartiennent visiblement au même état d'esprit mais placées sous le signe
des Cérémonies. Aucune des toiles accrochées à Montpellier ne réapparaîtra
au catalogue de l'exposition parisienne, ou, pour être plus précis, une
seule fera l'objet d'un double accrochage, mais modifiée : il s'agit de
« Érostrate ». Sur le premier état de cette peinture, le grand
U renversé, centré sur le fond gris d'un format carré est déjà présent.
Sous cette lourde majuscule noire, l'espace est saturé par un épanchement
de couleurs et de coulures (ressemblant à la palette murale d'un carrossier)
barré d'une large oblique violette. Ce recouvrement entre les deux accrochages témoigne donc
d'un repentir. Aux premiers excès chromatiques et gestuels succède la
neutralité de cette couche blanche, neutralisant en quelque sorte le désordre
pour revenir à un état d'avant le dérèglement. Cette arche qui ouvrait
sur un jardin envahit de gerbes folles, d'herbes en bataille, est maintenant
murée, ravalée, derrière, sous un crépi mat et crayeux rappelant la frontalité
d'une ancestrale paroi. Cette issue délirante, cette fausse perspective d'un paysage à l'abandon où proliférait, foisonnait et se reproduisait de jour en jour la mauvaise graine a ainsi été annulée, ramenée au point zéro de la représentation, vers la page blanche. Par ce retour à la blancheur originelle, Gasiorowski a donc, une nouvelle fois, procédé à l'extinction des feux chromatiques. Mais cette palette bruyante, croûteuse, que le peintre a effacé vers le blanc, tournant la page, n'était pas la première, elle convoque par la présence de la page blanche, l’écho de la logique d'un processus déjà mis en branle par l'artiste dans la série des Aires. Ainsi, l'arche noire de "Érostrate" m'apparaît comme l'image répétée, magnifiée et monumentalisée des arcs de triomphe de la série des Croûtes(2).... |
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Sur
ce voile blanc de la mémoire est apposé une inscription rapide, barre noire
surmontée d'un point et munit latéralement de virgules(3)... Ce signe traversant
l'espace n'est pourtant pas celui d'un oiseau, mais le souvenir d'une première
écriture, celle qu'un l'homme préhistorique peignit sur la paroi raboteuse
d'une caverne, matérialisant par cette marque infime la conscience de son
existence d'être humain. Si Gasiorowski en répercute ici la trace, ce n'est
que pour signer à travers un autre, et à travers ces peintres anonymes qui
jadis ont inventés l'espace pictural dans l'ombre et pour l'oubli.
Par la série des Croûtes, le peintre incendiait sa notoriété, simulant la
vulgarité et réalisant ainsi une sorte d'autodafé de l'édifice pictural
qu'il avait lui même patiemment érigé - édifice qui, comme ses "arcs
de triomphe" n'était déjà que la reproduction d'une ombre, l’emblème
factice d'une société d'images à répétition, miroir aux alouettes qui s'éteindra
sous les six traces improbables et dérisoires du vol d'un oiseau.
Érostrate(4), c'est celui dont le nom perdure justement parce qu'il était
condamné à l'oubli. Ironie du sort et de l'histoire! Sa signature traverse
le temps avec la légèreté d'un sourire railleur. Ce sourire que portent
aux lèvres ceux dont la vanité du nom est haussée au rang des vestiges.
En recherchant parmi les différentes formes d'architecture celle qui pouvait
correspondre à la silhouette massive inscrite dans cette peinture, je pensais
trouver l'image d'un dolmen ("tol-men", qui signifie monument
mégalithique de pierres brutes agencées en forme de table gigantesque).
Non seulement j’étais tenté d’y voir une relation évidente avec le signe
préhistorique mais encore ces formes arrondies traduisaient assez bien à
mes yeux les lourdes structures en entablement... En fait, il semblerait
qu'il s'agisse plutôt la partie basse de la porte d'entrée de l'antique
citée Mycénienne, dite aussi "Porte aux lions". Nous serions donc
sur le seuil d'une porte, et non devant un abri primitif. Mycènes, Éphèse,
Novales...!! Ces trois sites amalgamés en une seule peinture, sont la preuve
suffisante qu'il s'agit bien d'une histoire recomposée, stratifiée comme
les couches de la mémoire d'un livre, page sur page, ou les lits de cendre
de plusieurs feux successifs
Érostrate porte la cendre encore chaude de ce dernier foyer, ou se consument les braises de la peinture d'aujourd'hui... Seule une branche, certes calcinée, mais encore intacte dans sa forme a pu résister à l'emprise des flammes... Ce pinceau aux formes phalliques, posé seul sur l'aplat de la couverture, ou de la toile, ou du drap, est sans doute aussi l'asperge (en négatif) sur un fond noir, ce don de peinture que fit Manet à un collectionneur. C'est aussi le désir du peintre, à découvert... |
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Feu sous l'arche et gerbes consumées. Éponger l'éponyme. Sous l'entablement séculaire passe l'oiseau d'augure... Le nom est ici dans la trace anonyme, inscrit sur la page pariétale | |||||
| Icare :
une flèche décochée par l'arc bandé de l'orgueil... Sa trajectoire ne peut
être que fatale. Croyant atteindre la cible, l’inaccessible, il ne fait
que s’écraser...
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L'outil,
Comme la lame d'un couteau encore qu'il n'y ait rien d'autre tranche l'air en son milieu
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KIGA - Auto portrait Un visage marqué, les yeux et les pommettes noyées, noircis ,émettant de l'ombre... Un visage de peinture ténébreux, aveugle et silencieux, un masque d'ombre, comme un frotté du corps, une doublure consternée, crucifiée... Un ombre défaite d'un repeint verdâtre ou brunâtre, tressé par l'enchevêtrement des touches fibreuses, évoquant la consistance d'un pissât sur un mur de pisé... Un face à face avec la Mort, où il serait vain de chercher dans ces orbites renfoncées la moindre lueur vive Elle éclairée d'un seul coté, la face amaigrie, comme une statue de bois endommagée, érodée, rongée, délabrée, entaillée, mutilée, ruinée... |
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Macbeth Ici, sur le voile blanc de la mémoire, se dresse le profil d'un masque Bambara des cérémonies funèbres : tête d'antilope en bois sculpté, tressé de ligaments en fibre, rehaussée ou maculé de boue et de sang. La danse de ce masque, nous l'imaginons se balançant au-dessus du cortège en deuil, coiffant la tête d'un sorcier, grimpé à cheval sur la dépouille. Visible de tous, ce masque de la mort qui s'agite parmi les vivants est le signe ultime d'un passage de ce monde trivial vers l'au-delà surnaturel.
Ce masque n'est pas l'annonce d'une théâtralité morbide, il s'inscrit
dans un rituel, comme la mort est inscrite dans la vie. L'effigie qui
se balance au sommet de cette foule est plus qu'une représentation de
la mort, il est l'objet incarné de l'esprit du mort emportant dans sa
danse la vanité des ambitions humaines.
Ce chevauchement du cadavre, c'est la situation tragique où s'est placé
Macbeth, la noirceur de son âme est égale à celle de ce masque. Il est
ce revenant perpétuel qui entache encore notre époque, au-dessus de tous
soupçon, en deçà de toute morale.
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| notes
pour "Macbeth - niaise idée de dire : triste spectacle!" Montigny 08.91
Macbeth a la noirceur, la ténébreuse noirceur des ambitions
humaines : avidité du pouvoir sans lendemain, l'audace du meurtre pour
y parvenir et s'y maintenir, l'art du mensonge, l'égoïsme, la lâcheté...
Mais Macbeth est fragile, l'acier sombre de son âme contient des pailles,
et comme cet alliage impur, il ne peut avoir la trempe suffisante pour
tenir à ses engagements funestes... Pour ce caractère, de nature inquiet,
parvenir contre le destin est synonyme de défaillir, de perdre la raison.
Macbeth a des pulsions mais il manque de conviction, il est sa propre
peur "en marche" contre lui même, il s'aveugle de signes irrationnels,
délirants (les trois sorcières), pour tenter de devenir ce qu'il ne peut
pas être, ses doutes et ses remords façonnent sa perte.
Lorsque dans cette autre pièce de W. Shakespeare, Hamlet ("ce seigneur
latent qui ne peut devenir" selon Mallarmé) s'adresse à un crâne,
nous comprenons qu'il s'interroge sur la triste destiné des hommes, mais
il ne fait pas qu'envisager la mort, il la dévisage, d'un regard cynique,
renvoie l'être à sa valeur d'os, de boite creuse et anonyme... Dans ce
face à face, il n'interroge pas la mort (ou, ce qui après la mort reste
d'une vie), il se dévisage :
" ...et ce crâne-là sans mâchoire, abîmé au couvercle
par la bêche d'un fossoyeur, c'est Noble Dame du Ver. Un beau retour des
choses, pour qui sait les voir! La croissance de ces os n'a-t-elle coûtée
si cher que pour qu'il servent au jeu de quilles? Les miens me font mal
rien que d'y penser."
Macbeth, par contre, tient à poings serré, non un crâne, mais un miroir
qui reflète son âme. Pour lui tout advient parce qu'il ne peut admettre
sa propre destiné. S'étant laissé duper par les intentions malignes des
"trois sorcières" (chimères de ses ambitions), il force la réalité
de sa condition, mais ce personnage n'est pas à plaindre, il ne subit
pas une fatalité, il en conçoit le dessein. C'est par lui seul que toute
la ruine se produit...
Éclat poudreux de l'os calciné, cendres. Draps froissés du meurtre. Linceul, ultime litière. L'arme au coeur de la plaie encore chaude, s'égoutte, sur les mains et aux yeux, laissant d'indélébiles traces. Les os secouent la carcasse décharnée.
Les spectres ricanent.... Et l’homme blêmit sous des prédications envoûtées. La forêt des hommes s'est levée depuis l'ombre, en marche pour rétablir l'état des choses, l'état de Droit. Les pouvoirs trompeurs et autocratiques finissent souvent leurs trajectoires funestes au bout d'une pique.
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Takanabu. |
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| Fujiwara
No Takanabu (portrait de Shigémori) Shigémori fut un grand ministre
de l'empire. Son portrait nous le présente grandeur nature, assis jambes
croisées, vêtu d'un ample kimono qui laisse paraître entre les galons plissée
de sa robe les marques de son raffinement, bleus pâles et rose saumon des
motifs, rouge grenat de ses attributs... La composition d'une géométrie
exemplaire (le corps est inscrit dans les limites d'un triangle équilatéral)
indique, davantage qu'une sévérité, l'aspect officiel et digne du personnage.
C'est des plis anguleux de ce manteau que le visage de cette illustre figure
émerge, avec la délicatesse d'une fleur. Faciès plat dont les traits, les
yeux et la fine moustache ont presque disparus, sous l'érosion lente du
temps et la lumière, ne laissant plus qu'un calligramme délicat, ordonné
par le large trapèze du manteau. La matière semble fragile à peine posée
sur la surface du papier, les couleurs prêtes à s'effacer, comme celles
des ailes d'un papillon que l'on effleure des doigts, prête à tomber en
poussière.
Le Shigémori est une architecture austère et douce, peinte sur un fond mat. "Cette peinture a été peinte pour être vue seul, rarement... Ce portrait d'ancêtre est un bateau des morts, surmonté du visage du mort qu'il emporte" (A. Malraux) .. (Cette peinture m'évoque aussi la rigueur d'un papier-collé de G. Braque par ses découpes de noirs posée par on ne sait quel équilibre sur le fond.) " Pour moi, la peinture doit rester une chose secrète, intime, /.../ La beauté est une chose rare et que peu de gens savent percevoir. /.../ C'est pourquoi je préfère le comportement de l'artiste oriental qui montre son travail à un petit nombre : une manière intimiste, un retrait, un recul une délicatesse. Le Takanabu n'est exposé que quelques jours par mois dans le musée de Kyoto." (Gasio entretiens / Libération 86) |
Des
gerbes folles, bleues, rouges, roses ont envahie la serre, végétation noueuse,
nerveuse, piquante, entrelacée, de part et d'autre des raies obliques de
la verrière...?
Grand pan vertical, incliné cependant sous la forte cadence des barres rouges,
embrouillé sous le frottis en spirale et les coups de brosse légers.
....Soie, taffetas, velours, riches parures, tissus aux couleurs chatoyantes...? Un mur, une tapisserie, la retombée d'un rideau... Un étalage.
Un drap tendu, bleu-violet rayé de rouge, ourlé de broderies... Un autre,
tacheté de flocons bleus sur un fond verdâtre en croix, ce voile rose
et fin, transparent comme de la gaze...
* Figure géométrique, fortement charpentée, dont la base prend racine sur celle du tableau. Ici ni fond, ni forme, mais une surface couverte et recouverte, revêtu d'une effusion de couleurs tendres, laissant deviner, sous ce tissage des touches, la masse sombre de la structure originelle. Prince au pâle visage, en costume d'apparat, ou Samouraï dont le manche du sabre dépasse de l'étoffe...?
Assis, dans son manteau à angles vifs, |
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| "Faire un tableau ou sculpture comme on enroule une bobine de film -cinéma - chaque tour, sur une grande bobine, (plusieurs êtres de diamètre si nécessaire), une nouvelle vue constituant le précédent tour et le reliant au suivant. Cette continuité pourra ne rien avoir de commun avec le film cinématographique ou y ressembler." (M. Duchamp) | ||||||
NÉE DANS LE DEPART * UN EST UN. DEUX MEME SI VOUS LE DESIREZ. RIEN DE CE QUE VOUS TOUCHEZ QUOTIDIENNEMENT N'A DE SOLIDITE. TOUT CE QUE VOUS VENEZ DE VOIR EXISTE, SI VOUS L'AVEZ BIEN SU VOIR * LA PENOMBRE DANS LA CHAMBRE DE LA MAISON BASSE AUX PIERRES BLANCHES / AILES DE FEUTRE, FEUILLES DU GRAND FIGUIER DANS LA COUR, PRIS SOUS LE VENT DEVENU SI LEGER * LE REGARD SE NOIE * AMBRE TIEDE AUX CHAMBRES DE MIEL * ET LA ROUTE ETENDUE SOUS NOS YEUX. * MEME DESERTE, ELLE DEMEURE LE LIEN PERPETUEL * C'EST UN SEUL ROULEAU, HAUT A PEINE D'UNE COUDEE? MAIS LONG * LA FIGURATION TIENT L'HOMME PAR LA RACINE / ET IL N'Y A DE TRAJECTOIRE, QU'A TRAVERS L'ELAN SOUTENU DANS UNE LONGUE ASCENSION, SUIVIE D'UNE CHUTE / POINT DE FUITE D'UNE NOUVELLE TRAJECTOIRE / LES CIVILISATIONS S'ENFOUISSENT LES UNES LES AUTRES / COIFFURES, CASQUES, AUTANT D'EFFIGIES... MAIS L'ART DES FETICHES NE SE LIMITE PAS AUX FORMES VISIBLES, CE SONT DES ARMES * VOICI LA PIECE OU IL PEIGNAIT * UNE TABLE CHARGÉE DE POTS DE PEINTURE. * IL PEIGNAIT A PLAT * ET CE CHEMIN, LAISSE DANS L'AMONCELLEMENT * TRAVERSE L'ORBE A CHAQUE EXPIRATION * AU JOUR DESINTEGRE * SOUCHES ET PIERRES, MORTIER HASARDEUX ENCERCLE * AVEC L'ENERGIE DE ROMPRE * POINT DE FUITE OU DE RALLIEMENT OU COMMENCE LE RÉCIT DE SA PERTE * SUR LE FAUTEUIL D'OSIER, UN PETIT CARTON RETOURNE * LAISSE LA POUR MÉMOIRE..* " IL NE TRAVAILLAIT PLUS DANS CETTE PIECE DEPUIS LONGTEMPS, MAIS LE FAUTEUIL EST RESTE * ET IL A CHANGE PARCE QUE MES YEUX SE SONT HABITUES A LA PENOMBRE * BORDS DE ROUTE PRINCIERS : BEAUCOUP DE PETITS SOLEILS BLEUS ET QUELQUES POMPONS D'OR AUX TIGES SOUPLES * PAR ENDROITS DES ROCHERS DE GRES TIMBRES DE LICHEN * SOUS UN CIEL DEPOLI * TRAITS PLANEUR APPOSE A CETTE FEUILLE SANS QU'IL Y ADHERE * ET DANS LA CHAMBRE CONTIGUE DU SACRIFICE * LE PREDATEUR AU FAIT DE SON VOL * PAR SON BEC OBSCUR JAILLIT LE VIDE * ET DANS LA HOULE DU BRUIT, LA LUMIERE CHANGE * L'UN RENTRE DEHORS, ET L'AUTRE : LA FIGURE * TRAIT POUR TRAIT, ET PRESQUE MOT POUR MOT, LA FIN EST DON- |
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| "
ou, le tracé de la ligne - le chemin est peinture avec le bleu des flaques jour." (A. du Bouchet)
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| " Et pourtant la feuille tourne sur elle même, fait volume. C'est ce qui se passe sans cesse du codex au volume. Le rouleau est à mi chemin de la peinture et du livre, c'est non plus l'image, mais le support lui même qui prend ainsi la courbe de la grande roue des déplacements." (M. Sicard) | ||||||
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| "La peur d'un
pas si pâle aurore" (E. Jabès) |
Stances | |||||
| NÉE DANS LE DÉPART * UN EST UN. DEUX MÊME SI VOUS LE DÉSIREZ. RIEN DE CE QUE VOUS TOUCHEZ QUOTIDIENNEMENT N' A DE SOLIDITÉ. TOUT CE QUE VOUS VENEZ DE VOIR EXISTE, SI VOUS L' AVEZ BIEN SU | ||||||
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(draps blancs froissés que Avant même que le jour, |
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| VOIR * LA PÉNOMBRE DANS LA CHAMBRE DE LA MAISON BASSE AUX PIERRES BLANCHES AILES DE FEUTRE, FEUILLES DU GRAND FIGUIER DANS LA COUR, PRIS SOUS LE VENT * LE REGARD SE NOIE * | ||||||
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Alors que, bientôt, |
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| (1)J. Beuys:" chaise et coin de graisse" |
aujourd'hui, de cette pièce, abritant l'épaisseur d'intimité, l'aube fraîche marque un temps d'arrêt au seuil. Une fumée âcre se déverse vers le plafond, mimant l'ombre portée d'un chat, pliée dans un angle. Sur la droite, une raie sombre et verticale absorbe, à sa base, un présence indicible Et, en vis à vis, un contrefort bancal est adossé à la
cloison frêle, |
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| AMBRE TIÈDE AUX CHAMBRES DE MIEL * ET LA ROUTE ÉTENDUE SOUS NOS YEUX. * MÊME DÉSERTE, ELLE DEMEURE LE LIEN PERPÉTUEL * C' EST UN SEUL ROULEAU, HAUT A PEINE D 'UNE COUDÉE? MAIS LONG * | ||||||
| Deuxième
chambre visitée, par la tranche - comme un plan en coupe, cadre ou simple
décor?-traversée par la ligne.
Encore quelque pas de plus, et nous sommes sortis... Rentrés dehors, cependant. Deux traits noirs, évasés, posés sur la toile lisse et opaque de l'air, nous entraînent dans ce goulet, qui se resserre, sans pour autant se rejoindre, en un long decrescendo... Dans la froide pâleur du bleu du jour naissant, à rebours, notre route obscure ne fait que commencer. |
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| Coupure
brutale...!! Comme une porte qui se referme, sur une nuit pleine et dense,
laissant le corps suspendu à cet ultime rayon dans la pénombre mate du vide... Là-bas pourtant, passé le cap des deux bornes (gencives) roses, se dresse déjà un étrange inventaire de signes, dont certains sont les figures fantomatiques d'anciennes écritures(2), défilé de spectres blanchis, essorés et suspendus à la corde à linge au dessus du panier, traces en négatif, sur la paroi noire, de ce nous avons perdu, de ce qu'il nous reste encore à voir, à savoir, à retrouver... Quatre formes(3), enrobées, sclérosées, momifiées par une soie arachnéenne, cocons subtils de notre culture... |
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| LA FIGURATION TIENT L' HOMME PAR LA RACINE / ET IL N' Y A DE TRAJECTOIRE, QU ' A TRAVERS L' ÉLAN SOUTENU DANS UNE LONGUE ASCENSION, SUIVIE D' UNE CHUTE / POINT DE FUITE D' UNE NOUVELLE | ||||||
| (2) Ces
signes sont ceux prélevés par les archéologues sur le site rupestre de Novalès.
Voir aussi :"Érostrate" (3) voir aussi les "Moules Maliques" de M. Duchamp. |
Des reflets
mauves et blafards, s'érigent dans l'ombre, accrochés à la surface suintante
de la roche de la grotte ... Colonne lilas qui marque l'endroit du jaillissement de la source... Qui plonge déjà dans des profondeurs abyssales, ou, une feuille d'acanthe dressant sa palme, restée vigilante, clôture cette nouvelle chambre. |
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| (4) Cérémonies funèbres de certaines tribus de Nouvelle Zélande |
(comme les apparitions terreuses, masquées, effrayantes de la Danse "des hommes de boue"(4)) C'est une masse grise, effilochée, fibreuse, voûtée, surgissant de l'obscur (figurant, ou revenant isolé), agite l'air opaque, à pas comptés, à pas dansants. Corps enduit d'argile, tête entièrement enfouie sous un masque tragique et terrifiant (masque Bambara des cérémonies funèbres), protégé par cercle symbolique, barré, tressé de bandes blanches , bouclier d'osier à claire voie) Il nous tourne le dos, un bras tendu vers la gauche, désignant, fléchant une pomme uniformément moisie, fruit en apesanteur, transpercé d'un trait oblique... |
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| TRAJECTOIRE / LES CIVILISATIONS S' ENFOUISSENT LES UNES LES AUTRES / COIFFURES, CASQUES, AUTANT D'EFFIGIES... MAIS L' ART DES FÉTICHES NE SE LIMITE PAS AUX FORMES VISIBLES, CE SONT DES ARMES * | ||||||
| Astre gris
et mitoyen, centre et noyaux, nœud désigné, désiré, objet culte de la peinture
qui s'éteint ici dans la lumière blême de l'atelier. Sous sa nappe noire, la table est redressée... Plan relevé qui supporte un ensemble de formes circulaires, figures sommaires ou géométriques d'une nature morte, cernes de fruits, plats creux et coupes vides... Sur ce plateau sans épaisseur, les tubes et les pots renversés ont laissé échapper leurs substances. Matière et couleurs sont répandues, triturée, étalée... Une véritable patouille, secouée de soubresauts "Oriflammes de plumes claquant l'air, une peinture de drapeaux déchirés", une palette en oursin... Un paysage de broussailles, ponctué de bourrasques ou d'explosions |
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| Ici,
de nouveau dehors, laissant derrière elle ce magma flambant l'air, figure
blanche qui avance, pas qui emboîte le pas ... Cette nouvelle chambre, est une sorte de disque, troué d'air en son centre, entaillé sur sa circonférence, d'une nuée curviligne, tel un bijou d'os ou d'ivoire et enchâssé dans un square d'ébène... Limbe (ou Limbes) encadré(ées) par la sourde présence de deux ombres (âmes) symétriquement couchées, prostrées (damnées?) ... Blason, ou site, sanctuaire aujourd'hui profané sous ces éclaboussures, maculé par des empreintes grossières. Une démarche lourde, a franchi, écrasant le secret, et déjà s'éloigne Jadis, ces enveloppes successives, anneaux de blanches ténèbres, marquaient le périmètre d'un lieu où se déroulaient les cultes sacrés, les danses rituelles, les rondes initiatiques... |
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| VOICI LA PIÈCE OU IL PEIGNAIT * UNE TABLE CHARGÉE DE POTS DE PEINTURE. * IL PEIGNAIT A PLAT * ET CE CHEMIN, LAISSE DANS L' AMONCELLEMENT * TRAVERSE L' ORBE A CHAQUE EXPIRATION * AU | ||||||
| (5) GASIOROWSKI : entretiens avec M. Enrici 86 | Ruche ou
fourmilière, termitière piétinée, fracassée, sous ces pas japonais.... Ces
pas (ou palettes), couvercles violemment projetés, attestent, par leurs
marques, la turbulence du passage et l'irrespect. Bourdonnements, d'un nid de guêpe dérangé, d'où surgit la confusion dardée de la queue des insectes... Et le précieux liquide (fiente bleuâtre) épanché, sève de peinture, dispersée (dilapidé), sous la gestualité aveugle Le secret, c'est la peinture dans l'abri primitif, "dans l'obscurité dérangée et l'innocence" (5) |
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| C'est un
fauteuil bas, au dossier plat, ceinturé par deux accoudoirs ajourés et dont
la vannerie du siège est défoncée en son centre, marqué par une utilisation
abusive... D'ailleurs, l'osier a cédé depuis longtemps, laissant apparaître
le châssis quadrangulaire (où se tenait le nœud ultime du tressage) qui
rejette sur ses bords des fil d'or en traits convulsé... Un seul pied, ou béquille lui assure encore un équilibre , instable, voire improbable. Pauvre trône déchu, ruiné qui arbore encore le blason bleu de celui qu'il supporta - siège dévasté, percé sans nulle pipe, ni palette(6)... Une simple croix apposée en guise de signature est apposée sur la droite; in extenso, in extremis... |
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| JOUR DÉSINTÈGRE * SOUCHES ET PIERRES, MORTIER HASARDEUX ENCERCLE * AVEC L'ÉNERGIE DE ROMPRE * POINT DE FUITE OU DE RALLIEMENT OU COMMENCE LE RÉCIT DE SA PERTE | ||||||
| (6). Respectivement
: "la chaise" de Van Gogh (pipe) et celles de Picasso... (7) Cette description évoque la porte du "Trésor d'Astrée". vu depuis le "dromos" |
Envisagée
sous un autre angle, une autre perspective, se dresse à la même place, le
plan d'un site enfoui sous de hautes herbes; il abrite en son centre un
bassin carré où miroite la flaque du ciel (ici improbable), dont l'éclat
résonne en marge d'un muret bas. Non loin de là s'ouvre un seuil, l'arche
d'une porte sans battant, épaulée de part et d'autre de contreforts trapézoïdaux...
(7) L'autre corps du bâtiment, ne subsiste plus guère qu'à l'état de ruines : un mur manque à l'enceinte, et le pavement est disjointé... Tout cela demeure dans le désordre jaune de l'herbe échevelée. Seule la flaque d'eau, pavé de peinture, bloc azuré, petit joyaux, "autel scintillant"... Mais peut-être un paquet de Gauloises...? |
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| ...............Césure
ou laps, où règne
l'obscur......................................................................................................................................................... Écran aux bords arrondis, glèbe , clôturé par un graphe hésitant, doré sur tranche - où taches, traces, projections, virgules, constellations laiteuses éclaboussent la nuit - Brouillards quotidiens aux trombes de fumée, de la poudre aux yeux d'or... Ou dépôt de peinture, comme salle des munitions, chambre des artifices du feu.. champ - chambre, survolé par un grand V blanc, déployé sur l'éther noir, une aile secouant l'air, l'autre se laissant dériver... Planeur spectral |
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| QUE MES YEUX SE SONT HABITUES A LA PÉNOMBRE * BORDS DE ROUTE PRINCIERS : BEAUCOUP DE PETITS SOLEILS BLEUS ET QUELQUES POMPONS D' OR AUX TIGES SOUPLES * PAR ENDROITS DES ROCHERS DE | ||||||
| Et sur
cette parcelle, la croix blanche aux godillots de plomb, figurine croisée
qui emboîte le pas. La gravité. Tout le poids du corps de l'homme descend vers les pieds, attachés au sol, s'arrachant au socle pour avancer (et il doit marcher, avec ça!) Amalgames de figures émergeant progressivement du mur de Léonard, fourmillement des signes sous le sifflet strident de l'or qui poursuit en amont... |
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| (8) Picasso " nature morte au crâne de chèvre" |
Comme la forme d'un crâne de chèvre(8), nid de guêpe (grosse cacahuète)
immolé
doré,
oeuf ou cocon
et
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| GRÈS TIMBRES DE LICHEN * SOUS UN CIEL DÉPOLI * TRAITS PLANEUR APPOSE A CETTE FEUILLE SANS QU 'IL Y ADHÈRE * ET DANS LA CHAMBRE CONTIGUË DU SACRIFICE * LE PRÉDATEUR AU FAIT DE SON VOL | ||||||
|
Au crépuscule, près de points d'eau, c'est l'agitation
dangereuse des bêtes. Secousse nouvelle du ciel (de la préhistoire) de la .peinture... |
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| *PAR SON BEC OBSCUR JAILLIT LE VIDE * ET DANS LA HOULE DU BRUIT, LA LUMIÈRE CHANGE * L' UN RENTRE DEHORS, ET L' AUTRE : LA FIGURE * TRAIT POUR TRAIT, ET PRESQUE MOT POUR MOT, LA FIN EST DON- | ||||||
| "C'est
donc un défilé horizontal de choses précieuses, venant de toute la terre,
marchant vers la même but pour se composer en un même lieu... C'est donc
aussi un voyage..." (V. Segalen) |
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| Notes
en marges de Stances
01.90.Montigny * Chacun des éléments qui composent les Stances, au fur et à mesure de son écoulement - pareillement à des jours après le jour - s'enrichissent de lectures possibles. * (Obscurément, le désespoir semble l'habiter.) * Stances nécessite un regard avant-arrière, un allé retour du corps et des yeux, de la pensées. Nous voyons se développer l'Histoire d'un regard. L'homme jadis enraciné (sédentaire), le voici qui se déplace (nomade) - peut-être après tout, que les peintres de la préhistoire eux aussi étaient nomades? - en plusieurs se déplace entre plusieurs situations (stations) qui s'inscrivent au fur et à mesure de notre propre pas - Stances es tune somme, une représentation depuis l'origine des choses dans un mouvement réflexif, la genèse et simultanément son reflet : l'art. * Et la flèche bifurque... *
"la telle du conquest" - du fond des ages, ce
qui continue de vivre en nous, suspendu à un fil, à l'infime... Cette
tenture est comme un rappel de ce qui a toujours été là et que la mémoire
se plait à oblitérer........" *
*
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Le marcheur au pas triangulaire, a rejoint la route. Arbres ou poumon, branches et feuilles du souffle. Marche d'une respiration alternée, bientôt altérée |
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| Notes
pour "Six figures inintelligibles"
08.88. Anduze Anduze (même jour) Car il en a toujours été ainsi, et il en sera toujours
ainsi. Cette mort annoncée depuis le début, pèse autour de ce trou sombre
qui est à Lascaux et que, paradoxe ultime, GASIOROWSKI a choisi de représenter
en blanc... A moins que... Ce blanc est comme celui des peintures sur
papier (fleurs, meules, amalgames...). Il est la réserve à partir de la
quelle s'envisage peut-être, la parole, le blanc ou le laps d'un temps
de silence.... L'axe de son corps a dépassé l'inclinaison par laquelle
il était en marche...
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| L'homme
qui chavire de A. Giacometti, En bronze ou en plâtre, corps filiforme fait de particules agglutinées , comprimées sur la tige métallique du support, ce n'est pas un dessin dans l'air, c'est une déchirure. Sur la pointe des pieds - ses phalanges confondues au socle, qui le retient - et le soutient - encore -' il se hisse, embrasse l'espace, cherche désespérément l'envol. Pieds joints il chavire comme en prenant son élan, emporté, en porte à faux sur du vide...
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| "
j'avais, allant au peintre, chaque fois à traverser la peinture. Aujourd'hui, ce qui, allant à la peinture, sera à traverser, c'est la disparition du peintre " (André du Bouchet) |
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| Haut/ Page | Impressions excavées. | |||||
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3 Bourbier encavé. Pans d'ombre se chevauchant. L'affleurement d'une mémoire scellée, plombée, muette.
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6 7 8
9
( Montigny janv-fev 95) |
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