| > Sophie Richelot | ||||||||
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Longtemps je suis passée devant cette sentinelle immobile, aux branches
ouvertes, avant de décider d’en faire le portrait. Au début, ce fut un jeu, un
salut amical en passant, puis c’est devenu un rendez-vous et enfin une série
d’images… C’est comme pour les bandes blanches défilant à l’avant du capot :
une main sur le volant l’autre appuyant sur le déclencheur, une fois, deux fois,
vingt fois les mauvais jours... jusqu’à ne plus voir autre chose que la pointe
obtuse du macadam : horizon d’attente tendu vers un point, lignes de fuite
du chemin répété. Enregistrer ces vues pour « encaisser » la route,
constater que la pointe est toujours là, têtue et que rien n’avance vraiment,
malgré la vitesse et les kilomètres. Bah ! Dans ses
premiers travaux, le temps et les trajets semblaient être les bases d’une
écriture impossible à résoudre, autrement qu’en multipliant les prises de vues
sur des trajectoires identiques, en prélevant rituellement ou presque, les
mêmes lieux, les mêmes bornes, les mêmes arbres, comme pour s’assurer de la consistance
du monde traversé et surtout prendre acte du passage. Je n’avais pas mesuré combien ces fragments arrachés au monde,
rapportés de mes escapades construisaient, en pointillé, un autre chemin. Je
marche, parfois sur de longues distances, et puis le sujet est là, à un
carrefour, sur le bord du sentier, à l’angle de la rue, qui me tire par la
manche. C'est très étonnant, il se
trouve là, devant moi, il ne bouge plus... et je ne vois pas ce qu'il y a autour. Je fais l’image par acquis de conscience, par
distraction, sans toujours savoir ce qui m’a poussé à la faire : c'est tout tordu ! Parfois, un sujet en
pousse un autre, je me prends d’affection pour les panneaux de signalisation
abandonnés le long des voies, des clôtures qui longent les petites
départementales que je sillonne.
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