| Dès los que l'arbre a commencé à pousser (*) | ||||
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Comment
vient-on à
la peinture ? Comment, un jour, cette substance vous prend-elle
des
mains au corps, au point qu’il ne semble plus possible de s’en
défaire..? Comme si cette chair colorée vous sortait des doigts.
Presser le tube :
fabriquer son mélange, déposer la matière sur la surface
en l‘étirant,
en la secouant, en la maçonnant… peu importe. Peindre : poser et
revenir, retirer l’excédent, essuyer au chiffon, racler, frotter,
recouvrir. Se perdre dans le détail d’un contact de deux tons trop
proches, s’absorber en un lieu où rien n’a de poids, rien n’a de
consistance immédiate, rien n’est sûr. Sables mouvants du fond et de la
forme qui se font et se défont au gré du geste, de l’impulsion. Au tout début, il y a eu le torrent intempestif de la couleur, les essais échevelés et les matières lourdes, les empâtements excessifs jusqu’à la croûte. Ça tirait dans tous les coins : un vrai feu d’artifice ! Puis sont venues les premières tentations géométriques, couplées parfois aux courbes plus souples d’un nu. Aujourd’hui, les plans des surfaces chromatiques emboîtées. Les travaux récents sont des compositions géométriques, organisées par facettes chromatiques. Certaines sont dans des tons vifs, tranchants, d’autres adoptent des tonalités en camaïeux. Souvent, le support choisi pour ces compositions est un panneau de bois sur lequel sont surajoutés des éléments découpés, encastrés, ou enchâssés. Leurs tailles ou leurs épaisseurs peuvent varier en fonction des panneaux. L’organisation spatiale des formes, leur assemblage, peut être considéré comme un dessin préalable, une structure (une ossature) où la couleur viendra se poser en couches légères, utilisant la porosité du support. Comme dans de nombreuses peintures abstraites, ce sont les notions d’équilibre, de contrepoint, de rupture de plans, d’échos, de renvois ou de résonances qui organisent l’espace du tableau, avec, ici, la présence du bas-relief proposant un décollage de la surface plane. Une autre particularité, vient de la relation qu’entretiennent les angles durs des découpes et des tracés des différentes formes en relief, avec la couleur. Là où l’on pourrait s’attendre à ne trouver qu’un simple jeu formel de remplissage de surfaces, la couleur bave ou déborde, chevauche deux espaces associant les opacités et les transparences, le lisse et le rugueux… L’équilibre précaire de certaines compositions, l’éclatement pressentit de ces plaques ou de ces blocs trouveront naturellement leurs correspondances dans la verticalité des Totems. Colonnes creuses à quatre faces, l’emboîtement et l’appareillage des petits rectangles de couleurs vives marquent l’ascension du regard et invitent à la circularité du déplacement. Si aucun peintre ne peut répondre sérieusement à la question de savoir comment il en est venu à poser de la couleur, là où d’autres posent des mots, tous ou presque vous assureront qu’il est difficile d’interrompre la montée de sève, dès lors que l’arbre a commencé à pousser. a.p. Cult, 2009, |
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