Parcourant l'exposition
d'Alain Collard, nous découvrons
des espaces vierges de toutes présence humaine… et pourtant,
il y a ces robes comme suspendues au dessus du vide, en équilibre
sur la ligne du temps. Oui, ces robes,
modelées selon les formes et les volumes des femmes qui les
ont portées, n'en conservent-elles pas l'ineffable présence,
ne vibrent-elles pas de leur vivante émanation ?
Le Bleu du ciel
expose une dizaine de ces " portraits " qui, du modèle,
n'ont gardé que la parure, la pellicule extérieure,
la peau intime et ultime. Alain
Collard, dans un geste à la fois fétichiste et métonymique,
fixe amours ou amitiés. Son cadre évidé ne prélève
des " sujets " qu'une empreinte en creux, une matrice singulière,
fidèle ainsi à une conception indicielle de la photographie.
Paradoxe du dispositif : le cadre dénudé ne conserve
en son sein que l'habit. Mais pas seulement à vrai dire, car
pour chaque prise de vue, un élément est ajouté
au sol : coquillage, échiquier désert, citrouille, feuilles
mortes, pommes tachetées, corde en cercle, ou papier enflammé.
L'objet ainsi
juxtaposé semble faire signe vers la femme considérée
(il la rappelle ou la stigmatise selon un code ésotérique
pour le spectateur), et en même temps redouble l'idée
d'absence ou de perte : vacuité des cases de l'échiquier,
coquillage sans chair, feuilles flétries par le temps…
autant de signatures de "l'Absente " et de " l'Absence
" en soi.
Il y a dans les
photographies d'Alain Collard comme une
géométrie de la nostalgie et une poésie du temps
qui se dissout (faut il suspendre des robes
pour que son vol se fige ? pourrait être la question sous-jacente
à sa démarche).
Par la sobriété poétique de son dispositif, ses
oppositions délicates (apesanteur des tissus et masse des objets,
jeux de contrastes dans la gamme des gris,…), ses formes épurées,
Alain Collard donne raison
aux absentes et leur rend un bel hommage.